Pour le plaisir de voir
Avide de sensations visuelles, Vincent Vallois voyage beaucoup. A chaque halte, il scrute la nature, pénètre dans les recoins les plus inaccessibles jusqu'à ce qu'il tombe en arrêt devant la proie végétale ou minérale qu'il dévore des yeux. Un carnet à la main, le pinceau aquarelle de l'autre, il note ses impressions en jouant sur tous les registres de la perception visuelle. Il se veut fidèle à la nature mais il se refuse à la copier. Son oeuvre, résolument figurative, est le résultat d'une transcription des sensations visuelles et psychiques enregistrées à la fois sur le papier et dans la mémoire.En atelier, il organise celles ci, encore nuancées de l'état d'esprit du moment. Après maturation, c'est dans l'urgence et la fulgurance que les oeuvres naissent d'un corps à corps avec la toile. La facture témoigne toujours de l'intensité de la rencontre. Jamais cependant ne se perd cette sensation originelle qu'il s'agit au contraire de faire revivre. Parfois, c'est un point fort qui a retenu l'attention, tel cel arbre qui domine un sol jonche de touches, de couleur et de matière qui rappellent que la finalité est picturale. A cette vision fovéale, un autre site opposera une harmonie unitaire, une osmose que traduira plutôt la vision périphérique.
Si ses moyens et ses techniques évoluent, Vincent Vallois reste attaché à ce qui constitue pour lui la peinture depuis l'impressionnisme : lumière, couleur, touche divisée. Il actualise cette dernière par l'usage de pochoirs circulaires découverts dans un atelier industriel. Sa sensiblilé personnelle le porte vers la lumière et plus encore la fluidité de l'air el l'eau qu'il traduit en une matière détrempée qui a la tansparence du regard de l'auteur. Celui qui promeut la texture du sensible au rang du visible.
Alain Réveillon.
(In catalogue Exposition à l'église Ste Marie Madeleine à Lille. Juin-Juillet 1998).