NATURE. TRAIT. ABSTRAIT
Couleurs, coulures, formes, pleins, vides, liés, entraînés, cascades sauvages, secrète source née dans l'ombre, que le promeneur (vous) retrouve là, en réponse appliquée à sa quête, entre paysage et chaos, nuées, touffes, amas.
Ce que (vous) nous saisissons alors:
Une trame de signes incongrus, en quête de sens, qui rappelle au regard la source même de cet au-delà que l'abstrait oublieux s'acharne à retrouver.
L'essence, cet au-delà, se trouve comme toujours là où on ne l'attend pas, dans le phénomène lui même.
Paysage = ensemble
Tâches = cailloux, rivières secrètes. Bleues : eau, ciel.
Traces = branches, visages. Ocres en traits ou en terre, sable.
Dressent un alphabet- une clef aux songes.
Reconnaître les éléments du décor, en leur tache pure et simple- en devenir d'abstraction, quand presque rien ne les indique, dans le fouillis, ou la lumière blanche qui les sépare, battement étalé du vide, tâches organiques laissées dans leur hasard, arabesques colorées, chevauchées, délavées, reformant le paysage, ne laissant accrochés à la rétine que leurs pigments sur l'illusion réelle, visuelle, sous les paupières grandes ouvertes de Vincent.
Paysage, creux au creux de la forêt, marigot... A l'orée, parfois saisie dans un geste vif ou lascif, une vestale cuissue se plante, floue, dégoulinante, source incarnée et dévoilée sans apprêts. Ses frontières poreuses s'ouvrent à sa nature profonde, vagabonde. Elle porte en son sein la joie forte et pleine du premier dessin, celui qu'on (vous) a jeté, voulant être quelqu'un d'autre.
Au présent (temporel-naturel) du regard et des interrogations, Vincent Vallois donne précisément ce présent (intemporel-immatériel) de traces-signes, substances fermes ou floues, où chemine en liberté un regard qui cherche, attise l'espoir de s'y retrouver. Devenir saisi en Nature, là où l'abstrait était avant nous (vous), qui se rappelle de ses repentirs, multiples autant qu'anachroniques (anachromiques) dans leur incessant mouvement d'apparition-disparition, à travers ce présent repris et toujours désuet.
Nature vivante, nature morte, jeu des vanités, tels ces crânes empilés.
Hervé Jacquiez