Si la peinture de Vincent Vallois est une fenêtre ouverte sur le monde, elle demeure à demi voilée sous l’effet d’un scintillement lumineux, de vibrations colorées et surtout du gauchissement de l’air amalgamé à la toile plane ou parfois au métal, support autrefois utilisé par les maîtres hollandais pour faire franchir à la peinture les vastes océans, sans trop d’altération.

C’est ainsi que l’on entre dans l’étonnant carnet de voyage de Vincent Vallois, l’œil s’habituant par degrés à la fluidité des paysages japonais, à l’âpreté minérale de Vulcano, à la violence géologique des îles éoliennes ou encore aux mille autres visages des terres de Sienne.

Ce n’est point une tâche facile que d’isoler et de stabiliser les éléments indécomposables de notre champ de vision, et surtout de reconnaître qu’on les a réellement atteints, au sein des métamorphoses perpétuelles de la matière.

Dès ses débuts, Vincent Vallois a pratiqué une abstraction colorée, aux surfaces fortement structurées, dans une austérité proche de Nicolas de Staël. Mais son passage dans l’atelier de Robert Lapoujade à l’école Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, puis l’estime réciproque de son aîné Édouard Pignon lui ont permis de tempérer cette rigueur en lui inspirant une série sur les baigneuses aux corps fluidifiés.

Ses recherches convergent désormais vers une capture bienveillante de la morphologie toujours changeante du réel pour mieux instruire l’anatomie de la peinture. Dans ses plus récentes recherches, le recouvrement des surfaces peintes par de la résine semble aussi trahir une réflexion sur l’héritage pictural flamand.

 

Sylvie Acheré (Docteur en histoire de l'art)

in catalogue "Carnets secrets et peintures"  Espace François Mitterrand, Loos 2015