Le peinture de VINCENT VALLOIS se situe entre Figuration et Abstraction.
Certes, on a beaucoup parlé depuis 1980-81 d'un retour en force de la peinture dite figurative, à propos de jeunes peintres "branchés", colorés, et "médiatises".
La critique avait alors baptisé ce mouvement "Figuration Libre", ou encore mieux "Bad-Painting".
Même si VINCENT VALLOIS partage avec eux le besoin impératif d'employer des couleurs très vives, demeure chez lui et subsiste le plaisir de peindre, le plaisir de la belle matière, (pas pour ce qu’elle est mais au service d'un sentiment).
De riches médiums (VINCENT VALLOIS est originaire du Nord, et les peintres issus de cette région ont toujours eu le souci constant d'une riche matière colorée ; on n'échappe pas à son origine...), une certaine maîtrise du geste (ne surtout pas confondre avec l'adresse), en tout cela, VINCENT VALLOIS se différencie de certains nouveaux peintres expressionnistes.
Le jeune peintre de son temps qui a su "digérer" les influences de MATISSE, de PIGNON, de MONET, de DE KOONING, d'ALECHINSKY. L'actuelle série reprenant le thème connu "la Femme-Baigneuse" dégage, et développe une personnalité qui ne doit déjà plus rien aux autres.
Auparavant, VINCENT VALLOIS travaillait le thème de la plage, prétexte à la représentation du corps de la femme, ou des vues fragmentaires de corps ; dans un univers paradisiaque.
Ici, VINCENT VALLOIS plonge dans la peinture (c'est le cas de le dire). Refus d'une représentation figurative, formelle, rappelant le sable, le corps féminin, ses accessoires vestimentaires, le ciel, la mer.
Il fait un travelling avant, uniquement la représentation de la femme et de l'eau (autre symbole féminin) sous le signe du tumulte, car ici, tout se mélange.
Le signe du corps de la femme surgit, ressurgit, du tourbillon-peinture.
Signe-ondulation. Signe-virgule. Entrelacs. Le signe-tourbillon peut faire référence à la mise en abîme. Le vertige de la vie, le vertige de la peinture. Regardez certains visages : référence au masque de la mort - la femme, le plaisir - le plaisir de peindre, la mort, quelque part.
La liberté du geste domine puisque VINCENT VALLOIS travaille directement sur le papier (qu'il maroufle par la suite). La main n'est plus entravée par un quelconque souci matérialiste de gâcher le matériau soi-disant noble, la toile de lin. L'encre de chine glisse sur le papier, épais, profond, et parfois, elle le griffe...
Dans certaines aquarelles, VINCENT VALLOIS, amoureux de la matière, expérimente plusieurs méthodes d'approche : l'écran-papier reçoit l'eau jusqu'à en être totalement imbibé. La couleur immerge, émerge et sort autre.
Autre aussi est la direction de travail où se dégage le plaisir des écritures.
VINCENT VALLOIS se sent aussi graphiste et aime la calligraphie.
Dans les dessins, le corps apparaît presque absent. Le jeune peintre, cherche à retranscrire le tumulte de forces naturelles, allures de vagues, signes du vent-ondulation.
On perçoit le corps de la femme à travers les touches oranges, rouges, roses, noyées et mêlées à une gamme de bleus-verts.
Eclaboussures de couleurs. Apprendre à désapprendre (après avoir appris ; bien-sûr).
Grandes plages-pages maculées de couleur. Passage d'une vague colorée, retranscrire un mouvement.
Le geste du peintre peut parfois ressembler au jeu des vagues, vient et revient.
Flux et reflux de la main du peintre. Reflet du corps sur les vagues.
Le regard peut aussi se perdre, nager, se noyer dans les couches "vagues-peintures", entre transparence et opacité.
Jaillissement de couleurs pures parmi les riches nuances des bleus-verts.
Nous quittons parfois l'univers méditerranéen pour un domaine plus nourri de plantes aquatiques (nous citions Monet... les Nymphéas). Formes rondes tourmentées. Bref rappel du signe-feuille (prétexte aussi à des verts).
Peinture qui coule, qui gicle. Femmes recouvertes de couleurs baignant dans la mer-peinture.
Marc SARDINA peintre Octobre 1986