Les "Jeux d'eau" de VINCENT VALLOIS ou "Prélude à l'après-midi d'un artiste".
Il peut parfois sembler risqué, et sujet à caution (pour les artistes, surtout !), d'ECRIRE "sur" la PEINTURE. Mais pourquoi ne pas essayer alors de le faire EN MUSIQUE, doublant par là-même, et en quelque sorte, la mise ! ! !
Il ne s'agit pas d'un affront, mais de PARLER de la PEINTURE de l'artiste "par" la MUSIQUE, "par" un DETOUR qui se vaut à lui tout seul ! Une OSMOSE permettant de mieux sentir, vivre, crier, l'oeuvre telle qu'elle a été PEINTE.
Car s'il est vrai que tout ART, quelqu'il soit, se suffit à lui-même, avant tout, en sa façon d'être et de NAITRE, pourquoi pas, tout de même, ne pas être tenté, quand l'artiste lui-même, PEINT "EN MUSIQUE", d'appréhender sa PEINTURE au travers de quelques arabesques et ondulations arpégées ?...
VINCENT VALLOIS peint l'eau, ses mouvements, le corps des femmes, des baigneuses, nageuses ; des hommes, puissances, plongeons, violence, aussi parfois : danses dans l'onde ; Nijinski dansa Debussy, Stravinski ; Diaghilev, "Daphnis et Chloé", et Ravel fit "MUSIQUE" les "Histoires Naturelles" de J. Romains, ou encore la prose d'Aloysius Bertrand, "Gaspard de la Nuit" : tout est reflet, s'appelle et s'interpelle, pour peu que l'on tende un peu l'OEIL, l'OREILLE ; le sourire, aussi, tout simplement...
Et parce que la PEINTURE de VINCENT VALLOIS est, par essence, INTERFERENCE, comment résister au désir de laisser se couler dans les ondes miroitantes du PEINTRE, quelques unes de ces autres sortes d' ONDES, impalpables, celles-là, mais vivantes et vibrantes, et reflétant tout autant de couleurs . A leur manière .
L'ARTISTE, peintre et ARTISTE en son entier, lui, en tout cas, l'a fait.
VINCENT VALLOIS PEINT EN MUSIQUE, "dans" la MUSIQUE, et ses "jeux d'eau" se coulent aisément sur fond de villa d'Este, de Ravel et de Liszt. Nageuses qui flottent, portées par d'ondulantes et subtiles harmonies : frissonnantes et "Sirènes" des Nocturnes de Debussy. Selon l'heure, "La Mer" déchaîne les corps jusqu'à certaines formes applanies de silences, où des naïades-légendes jouent "Saint-François de Paul marchant sur les flots"...
"La Cathédrale Engloutie" est "prélude" aux mondes mystérieux qui sourdent lentement en vibrant sous les verts et les bleus du PEINTRE. Des "Voiles" se meuvent sur la surface agitée et légère d'ondulations multiples ; vagues, "Arabesques", "Sirènes", et "Nuages" animent la TOILE (la VOILE !) et le vent, par le truchement des couleurs, ennivre d'un mouvement harmonique riche et profond la baignade devenue MUSIQUE.
De l'ensemble résulte, exulte, le souffle de la COMPOSITION, de ses ondulations, et vibrations, qui laisse couler à flots ses désirs, quelque part durant l'après-midi d'un faune, grisé de couleurs et d'arpèges-dissonnances, quoiqu'en résonnances et reflet miroitant d'équilibre.
Le peintre est le Faune, ou peut-être Daphnis retrouvant Chloé au lever du jour. Il est protégé par les nymphes et il peint pour le dieu PAN...
Corinne BURON Journaliste, Novembre 86
In plaquette exposition « Baigneuse » Université de Lille III