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Riche matière
et vif coup de patte |
Une première bruxelloise pour le Français Vincent Vallois qui montre ses huiles sur toile à la Galerie ABC.
Bien qu'ayant participé à de nombreuses expositions collectives en Belgique, Vincent Vallois, né à Lille en 1959 et bien ancré en son terroir du Pas-dé- Calais, entame ici, Galerie ABC, sa première exposition personnelle à Bruxelles. Son abstraction lyrique et poétique séduira, tant il sait, sans prétention, structurer les plans, rendre la touche vivante et les coloris chaleureux.
Foin d'académisme, «l'art ne se renouvelle que par la transgression du langage plastique» et le langage de Vallois s'appuie sur les qualités du matériau couleur. Aussi a-t-il choisi de travailler l'huile sur toile, qui permet un plus grand apport de matière et donne à l'oeuvre un relief que le médium acrylique, uniformément plat, refuse. Souvent sans titre, l'artiste décline ses compositions informelles au rythme de taches et d'aplats en suspens. Les blancs sont des vides au cœur desquels s'insinuent le contraste des couleurs et l'intensité de l'émotion gravée dans la pâte. Le travail est exigeant et l'on devine la gestuelle large, les pinceaux, le couteau, le chiffon peut-être, les écrasements, les juxtapositions, toutes ces manipulations jubilatoires sans lesquelles le regard du spectateur ne serait captivé. Pour preuve, cette grande toile au fond spectaculaire fait d'un tourbillon de pâte épaisse, neigeuse et bleutée sur l'immensité duquel cinq petits bouquets - à la fois figuratifs et abstraits, réels et irréels - déclinent leurs coloris délicatement nuancés. Ailleurs, les taches de couleurs s'entrechoquent, s'affrontent, s'estompent, se coulent les unes dans les autres, s'animent d'une dévorante palette de noirs profonds, de gris et beiges superposés, de verts émeraude, de bleus outremer dont la profondeur chromatique donne la mesure de la liberté d'expression cultivée par l'artiste. Ici, un nu couché dans une multitude de petites touches juxtaposées semble intégré, bras le long du corps et tête penchée, dans une mosaïque ancienne. Là un cyclone de matière épaisse, d'un gris bleuté, ponctué d'une pointe de jaune soleil, vibre sur la toile. Un seul mot résume le travail de Vallois : la matière, ample et grumeleuse, maîtrisée avec brio. Parfois quelques écritures illisibles s'insinuent entre les espaces colorés. On devine: «mes souvenirs», «éclater», «vent», «un peu d'eau»... Mais qu'importé, la signification des mots n'appartient qu'à l'artiste! Pour faire la preuve que l'abstraction, même lyrique, n'est qu'une corde à son arc, il livre aussi de délicats paysages à l'encre sur papier évoquant la Bretagne, ainsi que quelques nus féminins dépouillés, croqués en quelques traits de fusain, telle une femme assise, de dos. Une autre pudiquement accroupie. Une autre encore, mains sur les seins dans un gracieux geste de protection.On sent chez l'artiste un irrépressible plaisir à peindre et sa démarche, faite d'exigence et de joie, ne peut que ravir le spectateur si souvent déçu par ce qu'il voit.
Colette Bertot
Galerie ABC. 53 rue Lebeau. Sablon.
L'Echo de la bourse, Bruxelles 2007