«J'ai besoin du choc de la nature»


« Vous verrez, il est très gentil» avait spontanément lâché Philipe Hollevout (l'auteur du Trait libre de notre dernière page). De fait, c'est en toute simplicité que Vincent Vallois a accepté de réaliser la « Une » de ce début d'année de notre journal, et de nous ouvrir, dans la foulée, les portes de sa demeure et de son atelier. Allez savoir pourquoi, Vincent Vallois nous a aussitôt fait penser au Petit prince (de Saint-Exupéry) devenu grand. Le cheveu peut-être : naguère, il dût être indis­cipliné. Le regard plus sûrement : clair et profond, il semble interroger le monde en permanence. Vincent rêvait de peinture. Il en a fait sa réalité, pas toujours facile à vivre. L'enfant de « Saint-Ex » avait lui-même découvert que la rosé, symbole de beauté, n'en porte pas moins des épines. D'ailleurs, Mallarmé ne la cite pas dans Les fleurs, poème à l'illustration duquel Vincent Vallois travaillait lors de notre rencontre. Dans l'atelier, des tables encombrées de dessins, au mur deux, trois toiles, au sol de grands registres anciens de comptabilité chinés on ne sait où, auxquels l'artiste, bientôt, redonnera vie en les emplissant de dessins et de réflexions mêlés. Ici et là, des carnets encore et encore, « qui prolongent la peinture qui, elle-même, prolonge les carnets »... Un dessin de 10 cm de côté peut ainsi devenir, un jour, une toile de deux mètres de haut. Des photos aussi, beaucoup. Les années passant, elles prennent davantage de place dans le travail de Vincent Vallois. Photos de nus, de voyages. De la Scandinavie à la Corse, en passant par la Bretagne ou les Antilles, depuis toujours Vallois n'a jamais été aussi heureux que traçant la route, sac au dos, carnet et aquarelles à portée de main, et musique au creux de l'oreille. S'il le pouvait, il emmènerait avec lui un orchestre. Vous le croiserez peut-être, un de ces quatre, canotant sur une rivière, croquant les arbres qui défilent sur la rive, et accompagnant les dessins des mots que lui inspire la nature. La nature, c'est sa liberté. C'est elle qui lui donne l'énergie : « J'ai besoin du mouvement des lignes, du choc de la lumière, du soleil, du vent ». De l'un de ses derniers grands périples, début 2009, au Mexique, il a ramené d'innom­brables images, dont celle, éton­nante, de cet autocar entièrement emmailloté dans un immense pull de laine tricoté main (!). Au départ, Vincent Vallois ne mesurait pas « la force » de l'art populaire mexicain. Depuis, il rêve de créer, dans le quar­tier du Faubourg de Béthune (il habite juste en bordure), un lieu où les habitants (pas seulement les jeunes) viendraient mélanger leurs envies, leurs idées, leurs cultures, où chacun profiterait de l'apport de l'autre (on compte 21 nationalités d'origine différentes dans ce quar­tier). Cet été, il a posé quelques jalons en animant un atelier au Centre social. Vincent Vallois sait que la mise sur pied de cet atelier d'art populaire n'est pas gagnée d'avance. Mais la difficulté ne lui fait pas peur. Comment disait l'auteur du Petit prince ? Ah, oui... « Fais de ta vie un rêve, et, d'un rêve, une réalité».

Jean-Louis BOUZIN        LIBERTE HEBDO

Janvier 2010