Peinture
Quand on entre dans le site de Vincent Vallois (www.vincentvallois.com), on pénètre progressivement dans une œuvre qui évolue, d’année en année, en ouvrant des boîtes qui font penser à l’organisation d’un tableau : le savoir pur au centre, avec les rencontres humaines au cœur, Alain Réveillon, Michel Chapuis (critiques d’art), Edouard Pignon, ami peintre dont les œuvres ont induit une recherche de l’artiste vers l’expressivité et le mouvement.
Les boîtes gigognes des Baigneuses alanguies de 1984-88 glissent lentement au fil de l’eau vers davantage d’abstraction : le corps va éclater, les nus s’emmêler. Dans les Nus éclatés de 2000-2001, en une seule image, les poses successives du modèle s’additionnent, jambes fuselées emmêlées et torse tourné, vu simultanément de face et de profil. Les Nus au feuillage, mêlés aux arbres vert tendre (1989) se décomposent dans la période 2003-2005 en mille morceaux de couleur : la peau des corps se marbre comme un tapis tissé ou une mosaïque. Les coups de pinceau trempé dans la peinture à l’huile dessinent davantage la lumière qui donne des reflets incarnats, blancs ou dorés, aux jambes allongées du modèle devenu rivière de couleur. Et on se prend à songer à Manessier quand on découvre les Paysages de 1993-2002 qui se transforment à leur tour en énigme de peinture et de matière : le blanc appliqué au couteau, le vide autour de formes évasives colorées… Coup d’œil furtif que ce regard de peintre qui parle, au bord de la peinture du XXI è siècle, d’un fragment d’espace.
On attend le moment d’ouvrir délicatement les tiroirs de la nature morte, où deux poissons rouge vermillon tournent dans un bocal, vifs et pesants à la fois dans leur ronde incessante. A l’image de leur rotation, reste mobile cette quête de peinture où le regard sur le monde tourne les pages d’un carnet de croquis.
Les voyages (La Scandinavie, Les Antilles, la Bretagne, la Corse, le Sud de la France) imprègnent la matière picturale. Les derniers travaux « Feuilles d’or » témoignent de chocs et rencontres artistiques. Un récent séjour au Japon emmène l’œuvre vers l’aluminium, la tôle qui situe l’espace comme indéfini, avec des zones grises non peintes. La distance, créée par les vides, donne sa place à la matérialité bien prégnante au cœur des paysages.
Laurence Boitel
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